Je vois bien, vous plissez les yeux régulièrement depuis que vou savez cliqué sur ce blog.
Surement parce que pour vous aussi, je parle un peu chinois.
Voici donc un petit lexique des termes barbares que l'on utilise regulièrement à Guérande.
- Saline: C'est comme un champ, avec au milieu des oeillets (voire juste après), et autour le circuit de chauffe, qui permet à l'eau de circuler lentement de la vasière vers les oeillets en prenant de la salinité au fur et à mesure qu'elle chauffe au soleil.
- Oeillets: à Guérande , ce ne sont pas des fleurs, mais des surfaces rectangles de 70m2 environ, dans lesquelles le sel finit par cristalliser lorsque l'eau qui y est enfermée arrive à saturation (280g de sel par litre d'eau)
- vasière: c'est la réserve dans laquelle on garde l'eau de mer entre deux marées de vives eaux (coef>80). Il y a environ deux semaines entre les marées de vives eaux mais parfois on doit prendre de l'eau pour tenir un mois complet.
- Traict du Croisic: Bras de mer qui entre au milieu des marais, et sert d'élevage d'huitres, palourdes...Mais c'est surtout de là que partent les etiers, ces canaux qui entrent dans le marais pour l'alimenter en eau de mer (et aussi pour pouvoir évacuer l'eau lorsqu'il faut vider, mais on verra ça plus tard)
- Fares: désigne les surfaces rectangles au fond d'argile sur les quels l'eau va passer pour rejoindre les oeillets. Ils sont séparés par des ponts, toujours en argile.
- Ponts: petites digues d'argile qui séparent les fares entre eux, et qui servent à étancher différentes parties du circuit d'eau. Ils nous servent également à passer, qu'on soit seul ou avec du sel, pour le sortir de la saline.
- Limu: Désigne tout ce qui ressemble de près ou de loin à des algues, et qui empeche l'eau de circuler normalement. Il se développe jusqu'à une salinité de 80 g par litre à peu près, c'est à dire qu'il y en a toute la saison dans le début du circuit, et que par contre il est déjà mort dans les oeillets. On le retire avec un "rateau à limu", et une saison comme celle ci, on passe toutes les trois semaines dans certains fares.
- Houlette: désigne l'outil le plus utilisé des paludiers, la pelle. Mais attention, le terme de houlette n'est utilisé que sur Guérande. A Batz sur mer, Saillé, on appelle ça une boyette.
- Galoche: partie centrale de l'oeillet, plus haute que le tour de quelques milimetres.
- Boutage: premier nettoyage des oeillets. Il s'effectue avec de l'eau, et consiste à enlever le plus gros de la vase, afin que l'argile du fond se mette à saler, et facilite ainsi le nettoyage final.
- déchargeage: dernier nettoyage des oeillets, juste avant de faire du sel. Il se fait à sec, et là on ne laisse rien du tout. Le sel se formera ainsi deux ou trois jours plus tard, sur de l'argile propre.
- dourage: (du verbe dourer) ça viendrait du breton douar, qui veut dire eau. Dourer les oeillets, c'est leur mettre tous les jours la quantité d'eau qui s'est évaporée la veille. Tant qu'il n'y a pas de sel, on doure "juste", c'est à dire qu'on met juste un milimètre d'eau sur le point le plus haut de l'oeillet. ça facilite le démarrage de la cristallisation. Ensuite, lorsqu'il y a du sel, on doure "plus gras", c'est à dire qu'on met un peu plus d'eau.
- Mulon: C'est le tas de sel sur le bord de la saline, qui va rester jusqu'au roulage, la rentrée de récolte en fin de saison (ou en milieu de saison s'il y a le temps)
- Rayage: C'est l'opération qui consiste à curer les vasières. J'y ai consacré un article complet au mois de décembre.
- Poissonnage: Opération qui consiste, toujours dans les vasières, à prendre le poisson en bougeant la vase, mais sans la jeter sur le talus.
Malheureusement, cette expression fait maintenant partie de l'histoire ancienne, puisqu'il n'y a plus de poisson dans les vasières (encore merci aux braconniers de civelles). Par contre, il y a toujours de la vase!
Ce lexique sera étoffé à mesure que j'utiliserai des termes tordus, et ce n'est pas fini.
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