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journal de bord

Lundi 14 mai 2007 1 14 /05 /Mai /2007 20:16

Eh oui, ça fait longtemps que je n'ai pas pris le temps de bloguer.

Au début, en avril, il faisait trop beau, on n'avait pas une minute à nous.

Ensuite, il a plu, et depuis, il pleut encore,et encore! Bref, un vrai temps à avoir le moral dans les chaussettes!

Mais il est temps de se remettre au boulot, sur l'ordinateur au moins, parce que dans les marais, c'est toujours le calme plat.

Passons donc en revue ce qui s'est passé depuis le mois de mars:

Tout d'abord, pendant tout le mois de mars, et le début d'avril, c'est l'habillage des salines. c'est pratiquement le même boulot que pour les cobiers. On pousse la vase, et on regraise les ponts.

Voici la dernière saline habillée, le Bollé:

 


la saline du bollé

Pendant l'habillage, on ne nettoie que les fares (le circuit d'eau). On laisse tranquilles les adernes et les oeillets.
Enfin quand je dis qu'on les laisse tranquilles, c'est parce que  dans les adernes, et les oeillets, il faut attendre que le niveau de salinité monte pour faire le boulot.
Mais cette année, on n'a pas attendu beaucoup, car les vents ont tourné au nord-est.
Evidemment, on pourrait se dire que ce sont des vents plutot sympathiques, car ils accélerent l'évaporation. Par conlusion, on pourrait même en déduire que ça va rendre les paludiers heureux.
Eh ben pas du tout!!
Alors avant que vous vous disiez que nous ne sommes jamais contents, je vous explique:
Une fois l'habillage terminé, on doit refaire les ponts d'oeillets, si la salinité est suffisante (sinon, on se retrouve avec des grosses mottes sur les ponts, et l'été elles tonmbent dans les oeillets).
Voici maintenant les oeillets du Bollé, dont un côté des ponts a été refait:
les oeillets pontés
On ne peut donc pas commencer trop vite. Mais pour autant, lorsque la salinité est trop forte, la vase qu'on met sur les ponts ne sèche plus. Et là, croyez moi, c'est très désagréable!
Bref, pour résumer, on peut dire que le "pontage" (c'est comme ça qu'on appelle l'opération qui consiste à refaire les ponts d'oeillets) prend à peu près deux semaines.
Et quand les vents sont à l'est, après uen semaine et demie, on commence à avoir de la vase trop salée.
Voilà pour le contexte de ce début du mois d'avril
Je ne vous raconte donc pas comment tout le monde était énervé, même chez ceux qui sont habituellement en avance. Alors je ne vous parle pas de ceux qui étaient en retard!
Mais à Guérande, tout se résume toujours pasr des dictons. Et il y en a un qui dit:
"Il y a toujours un temps pour les retardataires".
Et cette année encore, ça a été vérifié, et à la fin du mois d'avril, on s'est ramassé deux ou trois beaux orages, qui ont copieusement arrosé tout le marais, et ont mis tout le monde d'accord.
Je ne vous dis pas comment tout le monde était heureux. Car du coup, on pouvait reprendre de l'avance sur nos oeillets, et  recommencer à ponter avec de la vase moins salée.
Vous allez alors vous dire"ça y est les paludiers doivent être heureux"
Eh ben pas du tout!
Parce que  ça fait bientôt trois semaines maintenant que le temps est pourri, et que du coup on ne peut rien faire au marais, si  ce n'est enlever les algues (le limu) qui profite de ce mauvais temps pour envahir les fares.
Et juste au moment où tout allait repartir, hier, vlan!
Encore un orage, et encore 2 centimètres et demi d'eau qui nous retombent dessus!
Et là, on commence à ne plus rigoler, le temps devient long. Et en plus, il va falloir recommencer à enlever le limu, qui va encore repousser!
Bref, on est encore énervés!
Mais le bon côté des choses, c'est que  j'ai le temps de remettre le blog à jour, et je vais donc tout de suite attaquer le prochain article, sur le chaussage des oeillets.


Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /Fév /2007 21:46

Avant de vous parler de l'habillage des cobiers, peut être faut il vous expliquer ce dont il s'agit.

Le cobier, c'est la première partie de la saline.

En fait, dans le circuit d'eau, il arrive même avant la saline, puisqu'il en est souvent séparé par un talus.

Il s'agit donc d'une parcelle proprement dite, dans laquelle l'eau va circuler, en provenance de la vasière, à travers des fares, jusqu'à un règlage d'eau. De là, l'eau va entamer son circuit dans la saline pour rejoindre les oeillets.

Juste une précision, les fares, ce sont des plate formes d'argile, séparées par des petites digues de terre qu'on appelle "ponts".

Voici la photo d'un cobier. Il s'agit du cobier de la Mothe, le dernier que j'avais à nettoyer.

On peut apercevoir les ponts, qui séparent les fares les uns des autres.

Comme vous le voyez, ce n'est pas joli joli.

En fait, pendant l'hiver, les algues se développent, et la vase se dépose au fond des bassins.

Pendant ce temps, les ponts s'usent, par l'érosion ( du fait des vagues dues au vent), et par le travail des bigots, dont on va reparler plus bas.

C'est pour ces raisons qu'avant la saison, il nous faut remettre tout ça propre et net, pour que l'eau puisse passer correctement.

Toutes ces opérations, à Guérande sont regroupées sous l'appellation "HABILLAGE", et vont nous occuper jusqu'à début avril.

Mais revenons à notre cobier, et voyons comment en faire quelque chose de plus joli.

Tout d'abord, il faut retirer les algues, qu'on nomme ici "limu" à l'aide d'un rateau. ça parait facile peut-être, mais ça fait déjà une matinée de boulot!

Voilà le cobier plus propre. Mais le rateau ne nettoie pas à fond, il vas donc maintenant falloir racler la vase qui s'est déposée au fond, à l'aide du "boutoué".

Ne vous en faites pas, je mettrai bientot en ligne tous les outils, pour une meilleure compréhension.

Voici donc le fond des fares dégagé de sa vase. Vase que vous pouvez voir poussée auprès du talus (à droite):

Bien. Maintenant que c'est propre, il faut s'occuper des ponts. Comme je le disais plus haut, les ponts son abimés par les bigots. Les bigots, ce sont des très petites crevettes,

qui mangent la terre. (Je pense qu'un naturaliste ferait des bonds en me lisant, mais en tous cas, ça ressemble à ça).

Et ils mangent donc le côté des ponts, ce qui nous oblige à recharger chaque côté dudit pont avec de l'argile. Cette action s'appelle "ourdir un pont".

Heureusement, nous avons de la chance dans notre malheur, et les bigots n'aiment pas l'eau trop salée. Ils ne sont donc présents que dans les cobiers, et dans les premiers fares de la saline (qui porteront alors le nom de "fares à vers").

Plus loin dans le circuit, les ponts seront plus facile à entretenir.

Voici donc un pont, à la sortie de l'hiver:

Et le voici ourdi:

 

Voyez comme c'est mieux. Je sais, ça pourrait être droit, mais ça serait plus cher.

Et de toute façon, à Queniquen, on dit que ce ne sont pas les ponts qui font le sel!

Ensuite, il faut encore graisser le dessus du pont avec de la vase, et le tour est joué.

Et voici notre cobier qui est maintenant fini d'habiller, selon l'expression consacrée.

Retournez voir la première photo, vous n'en reviendrez pas de la transformation!!

Je n'ai plus qu'à jeter la vase et le limu sur le talus. Au total, j'y aurai passé deux jours.

Voilà, maintenant que les cobiers sont finis, il va falloir passer aux salines, que nous allons habiller, mais nous en reparlerons bientot.

 

 

Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /Jan /2007 22:52

LES VEAUX, COMME ON N'EN VOIT QU'A GUERANDE

Janvier, c'est le mois pendant lequel il y a le moins de travail à faire dans les salines. 

Du coup, on en profite pour réparer les digues de terre qui nous protègent de la mer.
Car les digues, qui sont en argile, ont tendance à fendre pendant l'été. Et l'hiver, l'eau de pluie entre dans les fentes, et régulièrement, les talus se découpent en suivant les fentes, et des pans de talus tombent en bas. Ce phénomène, appelé partout éboulement porte à Guérande le nom de "veau".
En voici un exemple:
veau, autrement dit éboulement d'une digue

Celui ci est tout petit, il ne fait meme pas dix metres de long.
Mais c'est suffisant pour vous montrer comment ça se répare.
Tout d'abord, il faut enlever la terre éboulée, et la mettre de côté. Inutile de vous dire qu'on fait ce genre de chantiers en équipe, c'est plus facile.
Voici donc à quoi ça ressemble une fois la terre mise de côté:


Bon, maintenant, il faut tout remettre en place. Mais d'abord, pour éviter que ça ne retombe, on place des piquets et des planches, pour "tenir le pied" du talus.
Voilà les planches mises en place:

C'est le même veau, mais la photo est prise par l'autre côté.
Une fois que les planches sont mises, on continue à monter le talus, jusqu'en haut.
Et voilà  ce que ça donne une fois terminé:

Comme je vous le disais, celui ci était petit, mais il a quand même occupé 6 personnes pendant toute une journée.
Parfois, ils sont plus longs, comme celui de la Combinière, qu'on a réparé en début de semaine:

Le voilà, presque fini.
A la fin, certains paludiers en profitent pour faire les guignols, comme Philippe ci dessous:

Je n'ai pas pu résister à la mettre sur le blog, celle là!
Treve de plaisanterie, regardez moi ça comme c'est beau, un veau quand la réparation est terminée:


Et voilà le travail!

Ce qu'il faut savoir, c'est que si les veaux n'étaient pas relevés, les talus seraient trop fragiles, et sous la pression de la mer, à marée haute, ils casseraient, créant des brèches.
Or, une brèche (j'ai la chance de n'en avoir jamais vues), c'est la catastrophe, car la mer en entrant emporte tout sur son passage.
Et en plus , ça n'arrive pas forcément à une période tranquille, voire en été. Donc mieux vaut prévenir que guérir.
Et voilà, c'est déjà la fin des travaux d'hiver.
Des la semaine prochaine, on va déjà commencer à préparer les salines pour la prochaine saison, je vous parlerai alors de l'habillage des cobiers.

 


Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mardi 28 novembre 2006 2 28 /11 /Nov /2006 19:16

               Les travaux de chaussage des oeillets, dont vous n'avez eu qu'un aperçu, sont pour l'instant au point mort, toujours à cause des conditions météo.

En attendant, il est temps de curer les vasières.

Les vasières, ce sont ces réserves dans lesquelles on retient l'eau qui nous sert à faire le sel en été.

Et comme leur nom l'indique, elles servent aussi à faire décanter l'eau avant qu'elle rentre dans les salines.

Je profite de cette journée maussade pour commencer à vous expliquer comment ça se passe.

Tout d'abord, il faut vider la vasière (rappelons qu'ici on dit "algir", histoire de tromper le novice).

Pour ceci, on a juste à ouvrir un bouchon:

 



Et voilà:



Normalement, quand on met la vasière à algir (on dit aussi "mettre à partir" ou "mettre à aller"), on peut récupèrer les poissons qui se cachent dans les tuyaux. Souvent, on prend des mulets, des bars, ou même des daurades ou des anguilles.
Mais ça ne marche pas tous les ans. Car il doit faire froid pour que les poissons se cachent. Cette année, ce n'est pas le cas, la preuve:
Voilà ce que j'ai pris ce matin en ouvrant la mienne:

Eh oui, deux mulets, de 10 cm chacun, que j'ai remis à l'eau aussitot, évidemment. Pas de panique, ils ne sont pas morts, c'est dû à la photo.

Et voilà ce que ça donne quand c'est à sec, une vasière:

Je vous explique:

Le pelluet, c'est le fond de la vasière. La vase s'y dépose, mais elle n'y reste pas, car elle tombe dans les "rais".
Les rais, ce sont les "fossés" tout le tour de la vasière.
L'entretien des vasières consiste à curer les rais, c'est pourquoi on appelle ça le "rayage des vasières"
pour ça, on jette la vase qui est dans les rais sur les talus.
Et c'est là que normalement, on récupère le poisson. Mais depuis quelques années, on en prend de moins en moins.
Demain, je vous montre le détail des opérations.
 
Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mardi 24 octobre 2006 2 24 /10 /Oct /2006 11:38

Plusieurs internautes me demandent ce que font les paludiers l'hiver.

Il n'y a d'ailleurs pas que sur internet, même dans le coin, beaucoup ne savent pas ce qui se passe au marais pendant l'hiver.

J'éclairerai votre lanterne au fur et à mesure, mais voici déjà un élément de réponse:

Si vous venez la semaine prochaine à Guérande, ne vous attendez pas trop à rencontrer des paludiers, le marais sera désert.

En effet, traditionnellement, la période de la Toussaint est dans notre profession exclusivement réservée aux VACANCES!!

Les activités reprendront donc après la Toussaint, avec le curage des vasières, et la fin des chantiers de chaussage des marais.

Alors à Bientot!

Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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