quelques photos

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Samedi 16 décembre 2006

ça y est, on a enfin réussi à faire ce dernier chantier de chaussage de l'année, celui que j'attendais pour faire quelques photos.

Pas de bol, il faisait gris, et en plus je n'avais plus de piles dans l'appareil photo. Il  faudra donc vous contenter des quelques photos que j'ai pu prendre avant qu'il ne rende l'âme.

Mais tout d'abord, que je vous explique pourquoi on chausse les marais.

Le fond de nos oeillets est composé d'argile grise, et relativement molle. Ceci présente une série d'avantages non négligeable, comme entre autres le gout unique de notre sel, ainsi que sa couleur typique, lègerement grise.L'autre avantage, c'est aussi que cette terre est très maléable, autant que de la pâte à modeler.

Par contre, revers de la médaille, comme l'argile est molle, tout l'oeillet s'use progressivement au fur et à mesure qu'on l'exploite:

Les ponts et les ladures diminuent en hauteur et en largeur, et surtout, le fond des oeillets se déforme, et ceci pose un problème lors de la récolte. En effet, normalement l'oeillet est un peu plus haut au milieu que sur les bords, ce qui permet de récolter du beau sel en poussant cette eau vers le milieu, et de récolter plus facilement la fleur de sel, qui se forme dans les coins des oeillets, et qu'on ne peut plus récolter si ces coins sont à sec.

Ainsi, après 30 ans d'utilisation, un oeillet est généralement bon à rechausser. Evidemment, selon la dureté de l'argile, et la façon dont il est entretenu, il peut attendre plus longtemps.

On verra plus tard, à partir du mois d'avril comment on reforme les ponts. En ce qui concerne le fond de l'oeillet, vous pouvez tout de suite voir les articles du mois de mai sur les travaux d'équipe, où on "tourne les marais".

Mais avant de faire tout ça, on doit d'abord recharger les oeillets avec de la terre neuve, pour avoir de la matière au printemps. 

Autre détail, on essaie toujours de faire çà normalement au mois d'octobre ou novembre, ce qui permet à la terre de "se marier" avec celle du fond de l'oeillet. Elle est ainsi plus homogène au printemps.

Voici donc comment on procède:

On creuse des trous de chaque côté de la lotie d'oeillets, (qu'on appelle jauges, auges ou tangères) pour récupèrer de la bonne argile.

On charge de cette terre de petits bateaux, qu'on appelle chalands, qu'on va tirer pour amener la terre à l'autre bout du marais. (Notez qu'on dit souvent marais au lieu de dire oeillet):

Comme le chantier se déroule en équipes d'entre aide, chacun a son propre boulot. Il y a ceux qui chargent et trimballent les challands, comme ci-dessus, et ceux qui "émigaillent", c'est à dire qui répartissent la terre dans le fond de l'oeillet.

Les rôles se répartissent par ancienneté, car c'est beaucoup plus fatiguant de tirer le chaland que d'émigailler. Ce dernier travail est donc généralement réservé aux plus anciens.

Ci-dessus, Luc et Norbert en train d'émigailler. Non pas qu'ils soient réellement vieux , mais comme les vrais vieux sont partis en retraite, c'est leur tour!

Vous vous imaginez peut être à voir ces photos que la terre est mise au hasard dans l'oeillet, mais ce n'est pas vrai du tout.

Pour chausser, on choisit un niveau d'eau (je vous passe les détails, il faut bien qu'on garde nos petits secrets!), et on répartit la terre parmi l'eau, en laissant des passages entre les mottes:

http://hebergement-images.voiloo.net/images/9fa7e00c1141769fcb79e953c71528e7.jpg

Ainsi, même si ça vous paraît anarchique, si tous les gars de l'équipe émigaillent de la même façon, on se retrouve avec le même niveau partout à la fin du chantier.

Il n'y aura plus ensuite qu'à noyer la saline, pour que tout ça repose pendant quelques mois, et on reparlera de tout ça au mois d'avril.

 


Par Lionel - Publié dans : evenements
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Lundi 4 décembre 2006

Passons aux choses sérieuses.

J'ai fait un article entier juste sur le fait de vider la vasière, mais ce n'est rien à faire. Le vrai travail, c'est de curer la vasière.

Curer la vasière, (on dit rayer), c'est enlever la vase qui s'est déposée dans les rais.

ça peut se faire de deux manières, soit à la main, soit à la pelleteuse.

Normalement, on raye à la main les vasières "à poisson". Et on fait faire les autres à la pelleteuse.

Sauf que la pelleteuse ça coute cher, et elle ne passe pas partout.

En plus, si on faisait toutes les vasières à la pelleteuse, on serait ramollis, gros, pauvres, et on s'ennuierait ferme.

Alors on continue bon an mal an à rayer à la main, même si malheureusement il n'y a plus de poisson même dans les vasières à poissons, entre autres à cause des braconniers, qui pêchent la civelle (les alevins d'anguilles) à l'entrée des étiers. Mais au moins on reste en forme.

 

Mais trève de palabres, passons aux photos, vous comprendrez mieux ce que signifie "rayer" une vasière.
Tout commence par là, au petit matin:
vasiere à sec
Comme vous le voyez peut-être, il reste de l'eau dans les rais, mais c'est normal, sinon il n'y auait plus de poissons.
Il faut donc enlever l'eau, et pour ça on utilise des "cesses".
Ce sont des espèces d'écopes, au bout d'un manche. Histoire de tromper le touriste encore une fois, on ne dit pas "cesser", mais "pusser".
Me demandez pas pourquoi, regardez plutôt Jean Luc et Norbert en pleine action:

Eh oui, j'oubliais de vous dire, rayer une vasière, c'est plutôt galère tout seul, alors on fait ça en équipe. Bien sûr il faut rendre le coup de main, mais au moins on peut rigoler.
J'en connais même qui prennent des photos pendant que les autres bossent!
Quand il y a vraiment beaucoup d'eau, on se met même à quatre à pusser en même temps:

Et ça peut durer pendant une heure, dans les grands "barred'eau".
(on appelle barred'eau deux choses, en fait. Premièrement, c'est le barrage d'argile qui retient l'eau entre ce qui est fait, et ce qui n'est pas encore fait, donc encore en eau.
Deuxièmement c'est aussi le nom donné à l'espace entre deux barrages, c'est à dire où est le poisson.)
Regardez bien la photo suivante, pour mieux comprendre:

Eh oui, vous avez bien  compris:
Un barred'eau, c'est l'espace entre deux barred'eau!!!
Bref, fermons la parenthèse des barred'eau, et passons à ce qui se passe une fois qu'il n'y a plus d'eau.
Quand le barred'eau est à sec, il reste deux choses à faire, c'est jeter la vase, et attraper le poisson.
En premier, ce sont les poissons de pleine eau qui apparaissent, les mulets et les daurades.
Voici un bel exemple de daurade:
daurade posee sur la vase
Puis, on trouve les poissons de fond, les plies et les soles.
Ici, on a trouvé une sole:

Evidemment, pour la voir sur la vase, il a fallu que je la mette sur le dos.
Et pendant ce temps, on jette:
on jette la vase
On voit mieux sur cette photo ci, avec Jean Paul et Norbert au boulot:

Et pendant qu'on jette, la reine des marais apparait, qui sort de sous son manteau de vase:
anguille
Eh oui, l'anguille se plait surtout enfouie sous la vase, en pleine journée. Mais ça n'altère en rien son goût.

Vous l'aurez compris on ne trouve presque plus d'anguilles à Guérande, pas plus que sur le reste du littoral, à cause de la surpêche, du braconnage, et sûrement de la pollution.
Mais, avis aux écolos, c'est aussi à cause des populations croissantes de cormorans, d'ibis, et de goelands, qui , surprotègés, s'en donnent à coeur joie.
Mais bon, on fait nos vasières quand même, car avec la pelleteuse, on n'a pas de gateau en fin de journée, et rien que ça c'est une bonne raison!
Par Lionel - Publié dans : Un peu de technique...
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Mardi 28 novembre 2006

               Les travaux de chaussage des oeillets, dont vous n'avez eu qu'un aperçu, sont pour l'instant au point mort, toujours à cause des conditions météo.

En attendant, il est temps de curer les vasières.

Les vasières, ce sont ces réserves dans lesquelles on retient l'eau qui nous sert à faire le sel en été.

Et comme leur nom l'indique, elles servent aussi à faire décanter l'eau avant qu'elle rentre dans les salines.

Je profite de cette journée maussade pour commencer à vous expliquer comment ça se passe.

Tout d'abord, il faut vider la vasière (rappelons qu'ici on dit "algir", histoire de tromper le novice).

Pour ceci, on a juste à ouvrir un bouchon:

 



Et voilà:



Normalement, quand on met la vasière à algir (on dit aussi "mettre à partir" ou "mettre à aller"), on peut récupèrer les poissons qui se cachent dans les tuyaux. Souvent, on prend des mulets, des bars, ou même des daurades ou des anguilles.
Mais ça ne marche pas tous les ans. Car il doit faire froid pour que les poissons se cachent. Cette année, ce n'est pas le cas, la preuve:
Voilà ce que j'ai pris ce matin en ouvrant la mienne:

Eh oui, deux mulets, de 10 cm chacun, que j'ai remis à l'eau aussitot, évidemment. Pas de panique, ils ne sont pas morts, c'est dû à la photo.

Et voilà ce que ça donne quand c'est à sec, une vasière:

Je vous explique:

Le pelluet, c'est le fond de la vasière. La vase s'y dépose, mais elle n'y reste pas, car elle tombe dans les "rais".
Les rais, ce sont les "fossés" tout le tour de la vasière.
L'entretien des vasières consiste à curer les rais, c'est pourquoi on appelle ça le "rayage des vasières"
pour ça, on jette la vase qui est dans les rais sur les talus.
Et c'est là que normalement, on récupère le poisson. Mais depuis quelques années, on en prend de moins en moins.
Demain, je vous montre le détail des opérations.
 
Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mardi 21 novembre 2006

 

Cela fait maintenant quelques jours que je n'ai pas donné de nouvelles.

Non non, les vacances n'étaient pas si longues que ça , mais le temps automnal (enfin arrivé) nous bloque pas mal au niveau des chantiers dans les marais.

Normalement, la semaine prochaine vous devriez pouvoir en savoir plus sur les travaux de chaussage des oeillets, puisque ce sera notre dernier chantier de chaussage de l'année, et celui au cours duquel je dois faire quelques photos.

Alors à bientôt.

Par Lionel - Publié dans : evenements
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Mardi 24 octobre 2006

Plusieurs internautes me demandent ce que font les paludiers l'hiver.

Il n'y a d'ailleurs pas que sur internet, même dans le coin, beaucoup ne savent pas ce qui se passe au marais pendant l'hiver.

J'éclairerai votre lanterne au fur et à mesure, mais voici déjà un élément de réponse:

Si vous venez la semaine prochaine à Guérande, ne vous attendez pas trop à rencontrer des paludiers, le marais sera désert.

En effet, traditionnellement, la période de la Toussaint est dans notre profession exclusivement réservée aux VACANCES!!

Les activités reprendront donc après la Toussaint, avec le curage des vasières, et la fin des chantiers de chaussage des marais.

Alors à Bientot!

Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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