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Jeudi 5 avril 2007

Après un mois d'inactivité, (eh oui, il a fait beau), j'inaugure aujourd'hui une nouvelle catégorie d'articles, consacrés aux outils utilisés par les paludiers.

Contrairement à ce que pourraient penser des gens étrangers à notre profession (vous, par exemple)
l'outil le plus indispensable pour nous , en tous cas celui qui ne nous quitte jamais, ce n'est pas le las (qui ne nous sert que l'été) mais c'est la PELLE.

Mais pas n'importe quelle pelle, il s'agit de ce qu'on appelle dans les catalogues d'outillages la "pelle charentaise", mais que nous appelons à Guérande

la "HOULETTE"

Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Peut être que c'est pour rappeler la houlette du berger, qui garde ses moutons, puisqu'elle nous sert à garder nos marais!

En même temps, à Batz sur mer, ça s'appelle une "boïette". Et là comme ça ne ressemble à rien comme nom, je n'ai pas l'embryon d'une explication.

Mais trève de parlottes, voici à quoi ressemble cet outil:

la houeltte

 

La houlette nous sert surtout à jeter la vase dans les vasières (voir l'article qui y est consacré) ou lors de l'habillage des salines et des cobiers.

C'est pour ça qu'il s'agit d'une pelle un peu creuse, et pas très solide. En effet, il n'y a qu'une petite épaisseur d'acier, de façon à ce qu'elle ne soit pas trop lourde.

Mais elle nous sert également à "ourdir" les ponts (voir l'article sur les cobiers), et à couper les ponts lorsqu'on veut vider une saline plus rapidement.

C'est aussi avec cet outil qu'on répare les digues en hiver.

Mais voyons de plus près à quoi elle ressemble:

Comme vous pouvez le constater, elle est un peu incurvée, pour mieux prendre la vase, et les coins sont coupés, de façon à ce qu'elle rentre mieux dans l'argile dure.

Une houlette, du fait de sa faible épaisseur, a une durée de vie limitée. En moyenne, on en use une par an.

Mais la houlette a plusieurs autres utilisations, dont les livres ne parlent pas.

Et comme c'est à ça que sert ce blog, à vous apprendre ce qu'il n'y a pas dans les livres, faisons en le tour:

1) La houlette, c'est comme la troisième jambe du paludier. On s'en sert souvent comme "béquille" lorsqu'on marche dans des endroits tellement mous qu'on s'enfonce plus haut que le genou. D'ailleurs, en hiver, il est rare de croiser un paludier sans sa houlette.

2) Elle peut aussi être utilisée comme perche, pour sauter par dessus un trou. Elle nous sert aussi souvent comme support pour mieux monter sur les talus.

3) On peut également s'en servir pour couper de la végétation, ce qui arrive souvent lorsqu'on a oublié son croissant.

4) Moins souvent, elle peut aussi servir de béquille au sens de la béquille de mobylette, pour que le paludier se repose un peu. Eh oui, on parle souvent des cantonniers, mais les paludiers aussi ont découvert cette façon de se servir d'une pelle!

 

 

 


Par Lionel - Publié dans : Les outils du paludier
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Mercredi 28 février 2007

Avant de vous parler de l'habillage des cobiers, peut être faut il vous expliquer ce dont il s'agit.

Le cobier, c'est la première partie de la saline.

En fait, dans le circuit d'eau, il arrive même avant la saline, puisqu'il en est souvent séparé par un talus.

Il s'agit donc d'une parcelle proprement dite, dans laquelle l'eau va circuler, en provenance de la vasière, à travers des fares, jusqu'à un règlage d'eau. De là, l'eau va entamer son circuit dans la saline pour rejoindre les oeillets.

Juste une précision, les fares, ce sont des plate formes d'argile, séparées par des petites digues de terre qu'on appelle "ponts".

Voici la photo d'un cobier. Il s'agit du cobier de la Mothe, le dernier que j'avais à nettoyer.

On peut apercevoir les ponts, qui séparent les fares les uns des autres.

Comme vous le voyez, ce n'est pas joli joli.

En fait, pendant l'hiver, les algues se développent, et la vase se dépose au fond des bassins.

Pendant ce temps, les ponts s'usent, par l'érosion ( du fait des vagues dues au vent), et par le travail des bigots, dont on va reparler plus bas.

C'est pour ces raisons qu'avant la saison, il nous faut remettre tout ça propre et net, pour que l'eau puisse passer correctement.

Toutes ces opérations, à Guérande sont regroupées sous l'appellation "HABILLAGE", et vont nous occuper jusqu'à début avril.

Mais revenons à notre cobier, et voyons comment en faire quelque chose de plus joli.

Tout d'abord, il faut retirer les algues, qu'on nomme ici "limu" à l'aide d'un rateau. ça parait facile peut-être, mais ça fait déjà une matinée de boulot!

Voilà le cobier plus propre. Mais le rateau ne nettoie pas à fond, il vas donc maintenant falloir racler la vase qui s'est déposée au fond, à l'aide du "boutoué".

Ne vous en faites pas, je mettrai bientot en ligne tous les outils, pour une meilleure compréhension.

Voici donc le fond des fares dégagé de sa vase. Vase que vous pouvez voir poussée auprès du talus (à droite):

Bien. Maintenant que c'est propre, il faut s'occuper des ponts. Comme je le disais plus haut, les ponts son abimés par les bigots. Les bigots, ce sont des très petites crevettes,

qui mangent la terre. (Je pense qu'un naturaliste ferait des bonds en me lisant, mais en tous cas, ça ressemble à ça).

Et ils mangent donc le côté des ponts, ce qui nous oblige à recharger chaque côté dudit pont avec de l'argile. Cette action s'appelle "ourdir un pont".

Heureusement, nous avons de la chance dans notre malheur, et les bigots n'aiment pas l'eau trop salée. Ils ne sont donc présents que dans les cobiers, et dans les premiers fares de la saline (qui porteront alors le nom de "fares à vers").

Plus loin dans le circuit, les ponts seront plus facile à entretenir.

Voici donc un pont, à la sortie de l'hiver:

Et le voici ourdi:

 

Voyez comme c'est mieux. Je sais, ça pourrait être droit, mais ça serait plus cher.

Et de toute façon, à Queniquen, on dit que ce ne sont pas les ponts qui font le sel!

Ensuite, il faut encore graisser le dessus du pont avec de la vase, et le tour est joué.

Et voici notre cobier qui est maintenant fini d'habiller, selon l'expression consacrée.

Retournez voir la première photo, vous n'en reviendrez pas de la transformation!!

Je n'ai plus qu'à jeter la vase et le limu sur le talus. Au total, j'y aurai passé deux jours.

Voilà, maintenant que les cobiers sont finis, il va falloir passer aux salines, que nous allons habiller, mais nous en reparlerons bientot.

 

 

Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mardi 20 février 2007

LES 7 ANS DU NAUFRAGE DE L'ERIKA,

ça vaut bien un billet d'humeur,non?

 

Je profite du mauvais temps, qui m'empeche de faire des photos potables pour mon blog, pour me lâcher un peu, et parler d'autre chose que du boulot proprement dit.

Eh oui, il y a 7 ans, l'ambiance était tout autre ici, entre colère, et désespoir de voir notre côte souillée par cette saloperie gluante, (on ne savait pas encore qu'elle était cancérigène), et surtout désespoir, de  croire que nos marais allaient être souillés à tout jamais.

Encore heureux, le pire a été évité, et aujourd'hui il ne reste plus aucune trace de cette pollution.

Mais jusqu'à quand? Et qui seront les prochaines victimes?

Si je m'énerve, c'est surtout à cause de ce qui s'est passé cet hiver.

En effet, regardez bien les infos, lorsqu'ils annoncent une tempête avec des vents de 120 à 140 km/heure.

Le lendemain, en général, vous apprendrez qu'un cargo est en difficulté, ici ou là.

La preuve, cet hiver:

- Un vraquier gît encore sur la côte de l'ile de Ré

- Un porte conteneurs a pollué la côte nord de la Bretagne...

Enfin, bref, on peut remarquer qu'à chaque fois que les conditions climatiques se durcissent, la catastrophe est imminente.

Personnellement, la conclusion que j'en tire, c'est que si on est capable en France de bloquer tous les camions dès qu'il tombe 10 cm de neige, on est incapable d'arrêter la circulation maritime alors que les risques sont un nombre incalculable de fois plus élevés.

C'est peut-être un peu simpliste comme raisonnement, mais on sait deux jours à l'avance l'endroit et la force des tempêtes, et on ne manque pas de ports.

Alors pourquoi laisser les bateaux passer quand même?

Sans doute à cause d'interêts qui me dépassent...

Par Lionel - Publié dans : evenements
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Jeudi 11 janvier 2007

LES VEAUX, COMME ON N'EN VOIT QU'A GUERANDE

Janvier, c'est le mois pendant lequel il y a le moins de travail à faire dans les salines. 

Du coup, on en profite pour réparer les digues de terre qui nous protègent de la mer.
Car les digues, qui sont en argile, ont tendance à fendre pendant l'été. Et l'hiver, l'eau de pluie entre dans les fentes, et régulièrement, les talus se découpent en suivant les fentes, et des pans de talus tombent en bas. Ce phénomène, appelé partout éboulement porte à Guérande le nom de "veau".
En voici un exemple:
veau, autrement dit éboulement d'une digue

Celui ci est tout petit, il ne fait meme pas dix metres de long.
Mais c'est suffisant pour vous montrer comment ça se répare.
Tout d'abord, il faut enlever la terre éboulée, et la mettre de côté. Inutile de vous dire qu'on fait ce genre de chantiers en équipe, c'est plus facile.
Voici donc à quoi ça ressemble une fois la terre mise de côté:


Bon, maintenant, il faut tout remettre en place. Mais d'abord, pour éviter que ça ne retombe, on place des piquets et des planches, pour "tenir le pied" du talus.
Voilà les planches mises en place:

C'est le même veau, mais la photo est prise par l'autre côté.
Une fois que les planches sont mises, on continue à monter le talus, jusqu'en haut.
Et voilà  ce que ça donne une fois terminé:

Comme je vous le disais, celui ci était petit, mais il a quand même occupé 6 personnes pendant toute une journée.
Parfois, ils sont plus longs, comme celui de la Combinière, qu'on a réparé en début de semaine:

Le voilà, presque fini.
A la fin, certains paludiers en profitent pour faire les guignols, comme Philippe ci dessous:

Je n'ai pas pu résister à la mettre sur le blog, celle là!
Treve de plaisanterie, regardez moi ça comme c'est beau, un veau quand la réparation est terminée:


Et voilà le travail!

Ce qu'il faut savoir, c'est que si les veaux n'étaient pas relevés, les talus seraient trop fragiles, et sous la pression de la mer, à marée haute, ils casseraient, créant des brèches.
Or, une brèche (j'ai la chance de n'en avoir jamais vues), c'est la catastrophe, car la mer en entrant emporte tout sur son passage.
Et en plus , ça n'arrive pas forcément à une période tranquille, voire en été. Donc mieux vaut prévenir que guérir.
Et voilà, c'est déjà la fin des travaux d'hiver.
Des la semaine prochaine, on va déjà commencer à préparer les salines pour la prochaine saison, je vous parlerai alors de l'habillage des cobiers.

 


Par Lionel - Publié dans : journal de bord
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Mardi 2 janvier 2007

Et voilà, une année s'achève, une autre commence.

Comme ça, pour ceux qui le souhaitent, je vais pouvoir essayer de vous faire vivre la vie des marais salants sur une année civile complète.

En attendant, mes oeillets et moi, on vous souhaite une

BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2007

Par Lionel - Publié dans : evenements
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